La Renaissance des Masques. Saison 1, épisode 01, partie 1/7. « Il nous reste six mois d’oxygène. Les jeunes et les faibles meurent déjà. » Ces paroles hantaient Anya. « On se relève à peine d’une guerre. Ça nous a coûté la protection des Esprits Gardiens. Ils ne produisent plus d’atmosphère. Le peu qui nous reste n’est pas retenu au sol. Le climat qu’ils stabilisaient se dérègle. Le ciel perd sa couleur. Les boucliers tombent. On a tenté d’utiliser les machines anciennes. Rien n’a marché. On n’arrive pas à faire revenir les Esprits Gardiens depuis cinq ans. Sans Yla, la Gardienne de la Vie, on pourra plus vivre… »

La Renaissance des Masques – Épisode 1 – Partie 1/7

Là où tout à commencé :

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Là où tout a commencé…

« Il nous reste six mois d’oxygène. Les jeunes et les faibles meurent déjà. »

Ces paroles hantaient Anya.

« On se relève à peine d’une guerre. Ça nous a coûté la protection des Esprits Gardiens. Ils ne produisent plus d’atmosphère. Le peu qui nous reste n’est pas retenu au sol. Le climat qu’ils stabilisaient se dérègle. Le ciel perd sa couleur. Les boucliers tombent. On a tenté d’utiliser les machines anciennes. Rien n’a marché. On n’arrive pas à faire revenir les Esprits Gardiens depuis cinq ans. Sans Yla, la Gardienne de la Vie, on pourra plus vivre… »

Les mèches blond pâle d’Anya dansaient dans le vent devant ses yeux rouges. La gorge sèche, elle resserra ses bras autour d’elle. Elle n’avait pas froid — elle avait configuré sa tenue sable pour que ses mitaines remontent aux épaules et que son short rejoigne ses bottes —, mais l’attente devenait insupportable.

Elle éternua.

Si je n’avais pas oublié mon respirateur à filtre. Cette poussière commence à me taper sur les données.

Le soleil illuminait le ciel vert alors que la Sœur de l’Aube traînait encore, loin à l’est.

Et si ça ne fonctionnait pas non plus ? pensa-t-elle.

Ils n’avaient pas vraiment le choix. Tout avait été envisagé et rien ne donnait d’effet suffisant dans un avenir proche.

D’un geste absent, elle renoua sa couette et réajusta ses lunettes de protection qui lui servaient de bandeau.

Kylee, sa sœur — identique sur le plan génétique —, s’agita. Iel* cessa de pianoter sur son communicateur, se leva d’un bond et passa la main dans sa courte tignasse en bataille. Ses bottes renforcées — noires comme toute sa tenue — martelaient le sol, troublant le silence, alors qu’iel s’approchait de sa sœur. Ses capacités guerrières n’étant d’aucune utilité, Kylee s’ennuyait. Et iel ne s’ennuyait jamais longtemps.

— [Qu’est-ce qu’il lui faut encore ? demanda Kylee en Puche, leur langue natale. On a le matériel, le lieu, le processus pour faire revenir l’Esprit qui fait l’air, tout quoi.]

Anya posa la main sur son épaule nue, juste à côté de l’implant métallique qui courait le long de son bras.
— [Ky, laisse-la se concentrer. C’est un processus d’Adorateurs, tu ne sais pas comment ça marche. Moi non plus. Calme-toi. Il ne devrait plus y en avoir pour très longtemps.]

Kylee grogna dans son col anti-poussière qui cachait la moitié de son visage et fit mine de s’intéresser au paysage.

Un paysage familier. Éloigné de tout, pour éviter les blessés au cas où cela tournerait mal. Pour éviter les ragots aussi, parce qu’il ne restait plus beaucoup d’espoir.

Devant elles s’étendaient les Terres Mortes, immense zone dévastée par la guerre du Châtiment où plus rien ne poussait. Montagnes nues et traitres, pierres et rochers à perte de vue. Çà et là, des reliques du temps passé parsemaient ce désert, se dressant avec une fierté désuète, éventrées, éboulées, érodées. À l’image de ce monde mourant.

C’était aussi le lieu de survie du peuple nomade Puche. Pour eux, chaque bâtiment cachait peut-être un artefact réparable, un fragment d’histoire, de la technologie encore utilisable, un espoir.

Il devait bien y avoir un moyen de préserver la vie quelque part…

Anya jeta un coup d’œil à Vidya, une vingtaine de mètres plus loin.
Même si elle était plus âgée, elle était plus petite que les « jumelles » — comme disaient les Adorateurs. La jeune femme portait tout un attirail de prêtresse avec ses différentes épaisseurs de vêtements qui limitaient ses mouvements. Elle ne se souciait pas — pour une fois — des tresses blanches qui s’échappaient de sa coiffe indigo. Vidya plaçait et déplaçait des masques décorés en cercle autour d’elle. Lorsqu’elle reculait d’un ou deux pas pour avoir une vue d’ensemble, un pli barrait son front.

Anya s’assit, les bras sur les genoux, et tenta de calmer sa respiration saccadée. Cela ne changerait pas grand-chose sur leur espérance de vie, mais elle ne serait pas dominée par ses craintes.

Elle observa le manège de la prêtresse un moment. Anya se mordit l’intérieur de la lèvre. Elle n’était pas rassurée à l’idée de confier sa survie aux croyances d’un peuple qui avait persécuté le sien. Et comme elle n’y connaissait rien, elle ne pouvait pas l’aider.

Vidya se figea tout à coup, les yeux fermés. Elle psalmodia des mots au sens oublié. La mélopée prit de l’ampleur. L’air se chargea du poids de l’invocation.

Les masques autour d’elle irradiaient d’une lumière faible. Chacun la sienne : blanc, bleu, rouge, indigo, jaune et violet.

Comme si les Esprits Gardiens réagissaient. Les traits de Vidya se détendirent. Les soucis d’Anya se dissipèrent comme s’ils n’avaient jamais existé. Elle se sentait bizarre. Légère, protégée, acceptée, aimée.

Les auras colorées des masques s’intensifièrent et s’éloignèrent petit à petit. Elles lévitaient au-dessus de Vidya, les bras tendus vers le ciel. Elles fusionnèrent en un mélange éclatant.

C’est ça, la fameuse protection des Esprits Gardiens ?

Anya ne pouvait détacher le regard du rituel magique.

D’un mouvement de mains, avec une lenteur insoutenable, Vidya dirigea la sphère d’énergie vers le bas. Elle s’agenouilla. Une fois la sphère ancrée dans le sol, Vidya attendit.

Anya, suspendue aux gestes de la prêtresse, ignorait ce qui devait se produire. Un flash lumineux ? Une apparition comme avec les Shanov’ins ? Un jet d’air, peut-être ?

Rien ne vint. Vidya frappa la roche avec une exclamation étouffée.
L’impact ramena Anya à la réalité. Rien n’avait changé.

Elle resta interdite.

C’est fini ?

— Et c’est tout ? lança Kylee, le poing sur la hanche. C’était joli, avec les couleurs et tout, mais je me sens pas moins oppressé qu’avant.


Suite vendredi 1er mars.

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