La Renaissance des Masques – Épisode 2 – Partie 2/13

Là où tout à commencé :

Derniers épisodes parus :


Et maintenant, la suite…

Vidya agrippa son bâton entre ses mains, le tenant entre elle et l’arrivant. Sa gorge se serra. Sa respiration devint lourde et heurtée. Un second combat ne serait pas à leur avantage. Le précédent n’avait pris fin que par l’intervention du compagnon de Mo’an.

Kyle s’interposa entre le Züni et sa sœur :
— La rouste de tout à l’heure t’a pas suffi, c’est ça ?

Le cou du Züni craqua à nouveau lorsqu’il pencha a tête sur le côté.
— Je vous ouvre un tunnel direct vers la station de nacelles la plus proche. (Il ménagea un silence.) Si vous préférez l’itinéraire touristique…

Une des deux racines se rétracta, comme aspirée par la manche de son vêtement ample, dans un bruit de succion humide.

Immobile, les yeux fixes, il ressemblait d’avantage à un arbre inquiétant qu’à un humanoïde. Pourtant, Vidya en avait rencontré des particuliers d’humanoïdes… à commencer par ses compagnons de route.

Réprimant un frisson, Vidya s’avança :
— Merci, nous préférons rentrer vite. Il nous reste du chemin jusqu’à la capitale.

Anya lâcha ses dagues qui retournèrent à leurs places dans les fourreaux magnétiques accrochés à ses cuisses.
— D’ailleurs… commença Kyle avant d’être interrompu.
— Je ne vous aiderai pas plus. C’est une faveur que j’accorde à Mo’an, pas à vous.
— Et nous vous en remercions, ajouta Vidya, tête inclinée, une main sur la poitrine, avant qu’un des puches ne puisse prendre la parole.

Une arche de racines et des pierres entrelacées surgit du sol comme arrachée aux entrailles de la terre. Une odeur de boue monta aux narines de Vidya alors que tout semblait sec autour d’eux. Un tunnel descendait en escaliers sur quelques mètres puis avait l’air de partir en direction des nacelles, dans la vallée. Certainement en ligne droite, le chemin souterrain leur prendrait une heure de marche au plus.

Par les sentiers montagneux, avec les ravins, les éboulis, les rafales imprévisibles et bien évidemment les monstres — car elles ne les avaient pas tous éliminés, loin de là — le périple serait d’une durée conséquente et d’une dangerosité accrue. Sans compter la nuit qui commençait à s’obscurcir.
— Maintenant, partez.

Vidya aurait pu contempler la finesse du tressage de l’arche ainsi que l’harmonie des inclusions et des teintes de la partie qui avait émergé du sol, mais elle était pressée.

Pressée de retrouver La’ai. De ne plus s’encombrer de ces deux puches. De ne plus devoir voyager. D’être enfin seule et au calme. D’en finir tout simplement.

Rien n’assurait la réussite de cette nouvelle étape. La prêtresse avait rassemblé beaucoup plus d’informations sur le rituel et il avait tout de même échoué.

Dire que Mo’an les avait sauvés d’une guerre éternelle — qui épargnait les civils pour peu qu’ils sachent rester à l’abri — pour leur accorder une liberté totale à durée limitée.

La voix enthousiaste d’Anya sortit Vidya de ses pensées. La prêtresse était toujours plantée à côté de l’arche.

Anya attrapa le bras de son frère et l’entraîna derrière elle, une fois son épée remise dans son dos. Elle s’adressa à lui en Puche.

Pour détourner son attention et qu’il ne puisse pas faire d’inepties. Parfait.

Vidya allait protester qu’elles n’y verraient rien, mais la chevelure des jumeaux s’illumina à mesure qu’ils avançaient dans l’obscurité. Elle leur emboîta le pas pour ne pas les perdre de vue.

Les cheveux blanc sale jaunâtre des Puches, ainsi que leurs yeux, émettaient une lueur jaune-verte phosphorescente quand la luminosité déclinait. Elle ne permettait pas d’y voir comme en plein jour, et était à peine suffisante pour la pénombre et les cas d’urgence.

Vidya avait lu que seuls les Puches étaient dotés de cette faculté et qu’ils ne pouvaient exercer aucun contrôle sur elle. Un effet secondaire de l’utilisation de leur technologie, a priori. Aucun autre peuple n’acceptait de se rapprocher des Puches suffisamment longtemps pour développer ce genre de capacité.

Qui voudrait cette tare physique ? Et si cette théorie s’avérait et qu’ils pouvaient la contaminer ?

Elle toucha ses propres cheveux — blancs trahissant ses origines vedas — pour s’assurer que ses tresses n’étaient pas sorties de sa toque de prêtresse d’Ouros.

Elle secoua la tête. La guerre de Châtiment et ses conflits raciaux appartenaient au passé depuis trois ans, mais certains préjugés défendaient chèrement leur survie.

Vidya resta derrière le duo, car autant elle s’était habituée à voir leurs crinières courtes briller — cela lui facilitait la tâche pour les localiser à la nuit tombée — autant affronter les deux disques flottants de leurs yeux était au-dessus de ses forces.

Anya fouilla dans sa poche arrière. Un tintement de verre plus tard, une lueur bleutée éclaira le tunnel. Elle tendit un tube à Vidya avec un sourire d’excuse.

Il était clair à son attitude que la jeune fille se souvenait de la frayeur que les jumeaux avaient infligée à Vidya lorsque les deux puches — en tenue intégrale couvrant leurs cheveux — avaient réveillé Vidya en pleine nuit. Elle s’était crue attaquée par quatre lampyridés, ces petits monstres lucioles, qui se collent à vous pour se repaître de votre sang tout en rameutant les autres monstres des environs pour qu’ils vous dévorent.

Une fois arrivée en bas des escaliers, Vidya s’adressa à Ke-ï qui n’avait pas bougé, quelques mètres plus haut.
— Qu’est-ce qui nous assure que nous arriverons à bon port ?
— Rien, répondit le Züni d’une voix monotone.

Le tunnel se referma derrière elle.
— C’est bouché ici aussi, annonça Anya.

Kyle lâcha un commentaire rapide en puche, peut-être un juron.

Un grondement monta et s’intensifia tout autour d’elles.

L’écrasement des viscères de Vidya fit de même. Comme elle était la seule adulte, elle se retint de crier.

Pas question de donner une mauvaise image de la confrérie des prêtres, ni avouer sa peur à ce petit imbécile de Kyle.

Vidya s’appuya sur son bâton qu’elle planta dans le sol meuble pour ne pas être projetée en arrière.

Tentant de calmer sa respiration, elle analysa la situation qui ne la rassurait en rien : la terre et les pierres se détachaient des parois par poignées alors que le sol tressautait et les secouait dans tous les sens.


Suite vendredi 26 avril.

N’hésitez pas à vous inscrire à la newsletter dédiée (un seul envoi hebdomadaire avec le lien direct de l’épisode et les annonces des nouveautés).


2 commentaires sur “La Renaissance des Masques – Épisode 2 – Partie 2/13

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *