La Renaissance des Masques – Épisode 2 – Partie 3/13

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Le grondement assourdissant se répercutait sur les parois de racine, de terre et de roches mêlées pendant une éternité. Ballotés dans tous les sens, Vidya et les deux puches luttaient pour tenir debout. La poussière et des mottes de terre friables leur tombaient dessus.

Par les Esprits Gardiens, pourquoi avait-elle accordé sa confiance à ce Züni ? Suite à l’altercation de l’après-mi-jour, c’était évident qu’il allait les trahir. Il ne voulait pas qu’elles rencontrent Mo’an ni qu’elles ne l’importunent.

Le poids de la responsabilité pesait sur les poumons et les épaules de la prêtresse. Voutée, elle respirait avec difficulté. L’odeur de la terre fraîchement retournée l’oppressait.

Le tube de verre lumineux échappa à Vidya. Il ne se brisa pas et rebondit, comme si tout le petit tunnel borgne se déplaçait. Sa lueur bleutée, clignotante, inégale, rendait la situation plus oppressante et éprouvante.

Sous l’effet stroboscopique, Vidya ne réussissait pas à voir ce que manigançaient les jumeaux. Essayaient-ils de sortir ? De garder l’équilibre ? Ou étaient-ils paniqués comme elle ? Des grognements et sons inarticulés lui parvenaient malgré les grondements, mais impossible de savoir s’il s’agissait de paroles. Encore moins de Puche.

Le souffle court, Vidya ferma les yeux en se laissant tomber à genoux, les mains glissant contre la surface lisse de son bâton. Repliée sur elle-même, elle posa sa joue contre le métal froid. Que faire d’autre ?

Une voix distante émergea au-dessus du chaos, résonnant dans sa tête :

— Tu abandonnes bien vite. Aurais-tu oublié ta mission ?

La colère monta en elle, comme un feu liquide dans son ventre, dévastant tout sur son passage. Annihilant aussi sa peur. C’était la faute des Esprits Gardiens !

Vidya serra si fort les poings que ses articulations devinrent douloureuses.

J’ai mis ma vie en jeu pour cette mission perdue d’avance. Plusieurs fois. Je me suis épuisée pour un rituel inefficace. Nous avons survécu de justesse aux monstres. Nous avons évité des chutes fatales. Nous avons failli mourir à cause d’un Züni têtu puis à cause des Sauvages. Nous risquons l’asphyxie dans les profondeurs d’un monde où l’air se raréfie. Merci de l’ironie. Ce n’est vraiment pas le moment de douter de mon engagement envers Votre mission !

Vidya était essoufflée, comme si elle avait hurlé sa tirade mentale. La réponse arriva après un instant, d’un ton neutre, presque détaché.

— Es-tu calmée maintenant ? Es-tu capable d’écouter ? Ton caprice est-il fini ?

Elle baissa la tête. La voix grave et profonde avait coupé court à sa colère, mais aussi à sa panique. Elle critiquait Kyle et son impulsivité, mais n’avait-elle pas fait de même à l’instant ?

Non, je ne me laisserai pas manipuler. Cessez de me parler. Je dois agir sinon nous allons y rester. 

Mais que faire ?

Le contrôle de la terre et des végétaux n’était accordé qu’aux Zünis. Elle n’avait obtenu que le Don d’Yla, la Gardienne de la Vie, et cela n’incluait pas les plantes. Les Puches ne maîtrisaient pas la magie non plus. À moins de creuser vers la surface, elles ne pourraient pas s’échapper.

À quelle profondeur étaient-elles ? Le tube lumineux ne cessait de rebondir dans tous les sens, impossible de s’y fier. Percer le plafond serait dangereux sans étai pour le retenir. Leurs armes s’émousseraient vite puisque ce n’était pas leur but premier.

Perdue dans ses conjectures, Vidya chuta lorsque le tunnel se stabilisa enfin.

Une nouvelle arche de racines se forma et le sol remonta en pente douce, dévoilant le ciel vert sombre.

Vidya se redressa avec autant de dignité que possible et se dirigea vers l’extérieur avant qu’une autre mauvaise surprise ne survienne.

Kyle pesta dans sa langue natale dans son dos. Il s’époussetait avec de grands gestes rageurs. Sa sœur désigna du doigt l’escalier en bois qui menait à la plate-forme pour accéder aux nacelles, à deux pas.

Kyle reprit, les sourcils froncés, les bras croisés :

— Il a pas menti, mais il aurait pu prévenir. Je suis pas claustro mais…

Anya haussa les épaules avec une mimique amusée en le dépassant. Elle sortit du gros sac à dos de Vidya les longues capes qu’elles portaient toutes les trois lors des voyages en nacelle. La météo changeait rapidement en altitude et rester assis des heures durant n’aidait pas à se réchauffer. De plus, cachées sous les grandes capuches, les particularités physiques des Puches étaient moins voyantes.

Une fois habituée à la lumière ambiante, Vidya observa le ciel. Il avait à peine changé. La sœur du Crépuscule attendait toujours à l’ouest, bien qu’un peu plus proche de son zénith. De longues minutes s’étaient écoulées — moins d’une trentaine, c’était certain. Vidya passa devant la fratrie :

— Ainsi, nous arriverons à la capitale avant l’aube.

Elle se dirigea vers l’homme de garde au pied du relai. Elle jeta un coup d’œil vers ses compagnons. Ils discutaient, Kyle s’agitant comme à son habitude. Au moins, ils étaient trop loin pour être entendus, qu’ils parlent en puche ou non.


La prêtresse négocia un passage. Le tourneur réveilla son acolyte qui dormait dans la nacelle. Elle interpella ses camarades de voyage.

Anya lança un regard appuyé à son frère, qu’il ignora. Les bras croisés derrière la tête, Kyle monta vers la nacelle pendant que Vidya déposait son sac.


Le grincement des poulies sur les cordes les berçait depuis une petite heure quand un estomac grogna.

D’un même geste, les jumeaux fouillèrent dans leur poche dorsale. Ils en tirèrent une bouchée compacte pâle qu’ils avalèrent dans la foulée.

Vidya fronça le nez devant l’aspect peu ragoutant de la chose :

— Comment pouvez-vous manger cela ?

— Ça n’a pas de goût, répliqua Kyle en haussant les épaules. C’est simple, efficace, pratique et rapide. C’est mieux si on boit avec, et ça nous évite de mourir de faim quand on peut pas manger un vrai repas.

Anya en tendit une à Vidya. Les précédentes expériences de la prêtresse en la matière n’étaient pas concluantes, mais elle finirait peut-être par s’y habituer. Surtout si, comme Kyle l’avait fait remarquer, elle ne pouvait pas consommer un déjeuner correct.

Vidya avisa la boulette pâteuse couleur sable entre ses doigts.

— C’est un condensé déshydraté de tout ce dont on a besoin pour une demi-journée, expliqua Anya.

Elle mit sa main en visière et se tourna vers le soleil. Il achevait de se coucher à l’est, baignant le vert foncé de jaune, signe du crépuscule.

— On est parties au lever du soleil et là, la nuit est tombée. Tu ne tiendras pas jusqu’à demain si tu ne manges rien.

Vidya plissa les lèvres, les sourcils froncés. Kyle étira ses jambes en soupirant, posa sa tête sur son bras et baissa les paupières. Anya se blottit contre son frère et leur souhaita un bon repos.

La prêtresse pesa le pour et le contre. Elle finit par se résigner. Elle grimaça en avalant sa seule collation de la journée.

Une fois notre rapport effectué, je me replongerai dans mes recherches, je serai seule à nouveau. Je pourrais me restaurer à ma convenance. Enfin.

À propos de rapport, pourquoi La’ai n’a-t-il pas répondu ?

Kyle aurait frimé s’il avait reçu une réponse. Anya m’aurait informé si son frère gardait l’information pour lui, comme le gamin qu’il est.

Je n’ai pas besoin d’eux pour une escorte pour le trajet en nacelle, ou pour m’aider dans les recherches. Tout cela m’inquiète.


Suite vendredi 3 mai.

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