La Renaissance des Masques – Épisode 2 – Partie 4/13

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La nacelle cogna contre la plate forme et s’arrêta dans un craquement de bois. Le choc réveilla Vidya en sursaut. Le brouhaha constant dissipa le reste de ses songes. Malgré la pénombre, elle reconnut le relai sud à l’extérieur d’Ouro’goun, la capitale d’Ouro’doun — le pays où l’on vénérait Ouros. Son pays adoptif.

Encore une étape et Vidya arriverait enfin au Temple. La’ai devait attendre avec impatience d’apprendre les détails du rituel et de sa découverte. La gorge de Vidya se serra. Les Puches n’avaient pas reçu de message pendant la nuit. Aussi occupé qu’il soit, La’ai prenait toujours le temps d’envoyer une confirmation de réception a minima.

Vidya pourrait bientôt s’assurer en personne de la sécurité de La’ai et il se confondrait en excuses pour l’avoir inquiétée.

Un pressentiment hantait Vidya. Quelque chose n’allait pas. Elle s’extirpa de sa cape mouillée par la fine pluie qui détrempait la zone. L’odeur d’ozone couvrait en partie celle de la boue. Vidya réprima un frisson au souvenir du tunnel enterré. Plus jamais elle ne mettrait les pieds dans un souterrain.

Elle secoua ses compagnons et rassembla ses affaires.

La nuit était bien avancée. Les trois lunes projetaient leur lumière verte depuis le ciel sombre. La Mère-Lune, à peine décroissante, éclairait assez pour qu’on n’ait pas besoin de flambeaux ou de magie. Les petites lunes pointaient, chacune d’un côté de l’horizon : la Sœur du Crépuscule presque couchée, la Sœur de l’Aube à peine levée.

La capitale semblait différente, fébrile, électrique. En contrebas, les rues, entre les tentes et les abris temporaires, grouillaient de monde. Commun pour une grande ville, qui continuait son expansion — mais pas à cette heure.

Totalement réveillée à présent, elle réalisa enfin ce qui la perturbait. Les gens se criaient dessus. La foule les emportait par vagues successives. Comme s’ils fuyaient tout en refusant d’y croire.

Le groupe s’apprêtait à monter dans la nacelle pour le Temple, mais un tourneur leur bloqua le passage :

— On s’arrête là. Le quartier Temple est fermé.

— Fermé ? répliqua Vidya. Vous devez faire erreur.

Elle ponctua son intervention d’un mouvement de tête qui voulait dire « As-tu bien remarqué ma tenue de prêtresse d’Ouros ? ».

Il haussa les épaules et lâcha d’une voix résignée :

— On nous en a donné l’ordre et les portes sont fermées. On ne peut pas passer. J’en sais pas plus. Personne ne monte, c’est tout.

Vidya fit signe aux jumeaux de la suivre. D’un même geste, ils mirent leurs lunettes de protection et réajustèrent les capuches de leurs capes.

Les humains commençaient à tolérer les Puches dans leurs villes, mais avec l’ambiance électrique, mieux valait éviter les soucis inutiles.

Vidya marchait d’un pas décidé. D’habitude, les gens s’écartaient sur son passage grâce à sa tenue de grande prêtresse — complétée par une coiffe traditionnelle imposante qui la grandissait d’une tête — et son bâton.

Cette nuit-là, par contre, elle eut à jouer des coudes.

Après une dizaine de mètres durement gagnés, Kyle râla derrière elle :

— Si tes trucs ne suffisent pas, on peut tomber les capes.

— Pas besoin de rajouter un mouvement de panique supplémentaire. Pourquoi crois-tu que je ne l’ai pas encore utilisé ?

Kyle rentra le menton dans son col :

— C’est toi le chef.

Vidya reprit sa lente progression.

Oui, c’est moi le chef et je m’en serai passée. Pourquoi faut-il toujours qu’on vienne demander son avis à La’ai sur des choses triviales alors que nous luttons pour la survie de la vie elle-même ?

Vidya pourrait recourir à son pouvoir. Elle détestait son ascendance veda, mais elle était forcée de reconnaître cet aspect pratique. Elle secoua la tête. Ce serait céder à la facilitée que de manipuler ceux qui la croiserais. Elle possédait plus d’une corde à son arc. Son statut et son apprentissage de prêtresse par exemple.

Elle se redressa et rejeta les épaules en arrière. Elle vida son esprit de tous les parasites et murmura avec toute la conviction dont elle était capable :

— Ouros, Gardien du Ciel, répond à mon appel. Aide-moi à me rendre à destination sans autre complication.

La prêtresse prit son élan et frappa au sol de toutes ses forces avec son bâton. Des étincelles indigo crépitèrent une seconde et disparurent dans un grondement de tonnerre étouffé.

Vidya s’avança, comme portée par les vents d’Ouros lui-même. La foule semblait fuir son contact et un cercle d’un mètre se formait autour d’elle et ses compagnons de route.


La clameur enflait à mesure qu’elles progressaient vers la première des trois murailles. Les troncs de bois taillés en pointes empêchaient de les escalader. Les gens se poussaient, certains se marchaient même dessus. Des adultes traînaient sans ménagement des enfants derrière eux. L’un d’eux hurlait, vautré dans une flaque. Il semblait incapable de se relever et les autres n’y prêtaient pas attention dans la cohue.

Qu’est-ce qui peut les terrifier à ce point ?


Suite vendredi 10 mai.

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